ZUCCHELLI Anne-Marie (extraits)


DISSONANCES #41 | OPIUM
Au centre de l’oubli

Au centre de l’oubli, loin de sa vie d’abstinence
Pinçant les lèvres, le regard vague suspendu au-dessus du nez, une femme entre dans le wagon et s’assoit contre la vitre. Dans sa main, un téléphone dont l’ombre plane sur la bouche comme l’aile noire d’un oiseau. Le train démarre, la femme se laisse aller au roulis.
La voilà installée dans un berceau peuplé de froissements, de vrombissements, de raclements et de grincements aux changements d’aiguillage. Les soupirs de la machine sont une respiration plus vivante que la sienne. Moins périssable. De la répétition naît la stupeur.
Un goutte-à-goutte s’insinue. Il entre en l’être enfoui dans sa chair. Sous sa mince pellicule. Une conscience inversée, en arrivée douce, douce au monde, douce sur les bords, entièrement désirée, une épaisse inconscience, luisante flaque, en creux, sombre et sans pli, l’emmène loin du monde, en cercles larges, femme enfantée au centre de l’oubli.
ECAT, 8 heures 15, RER B
en direction de…”