RAQUIN Adeline (extraits)


DISSONANCES #41 | OPIUM
La chambre hexagonale

“Dans ma chambre hexagonale, haut perchée dans le ciel, s’est tapi entre les draps un animal à l’humanité incertaine. Empêchées de marcher, ses jambes garrottées se cachent sous le satin frais.
Dans ma chambre aérienne, belvédère de solitude, on trouve mon corps déposé sur un lit moelleux. Au nadir, je me laisse écraser sous le poids de l’espace, des poussières d’étoiles et des sphères célestes. Je laisse la nuit sans fin de l’univers dessiner les contours de mon être, peser de toute son ombre jusqu’à la limite de mes cheveux ébouriffés, de mes crocs brillants aiguisés.
Allongée comme un gisant dans sa chambre de cathédrale, les membres doucement s’enfonçant dans le matelas marmoréen, je contemple, hébétée, sur les poutres et les linteaux vermoulus, des graffitis hiéroglyphiques. Leur fine calligraphie exhale un mystère fallacieux, mirage d’un langage fuyant qui se love entre les stries du bois veineux.
Dans ma chambre hexagonale, les fenêtres sont ouvertes.
Y entrent l’autan et l’aquilon, le vent mouillé et la brise sèche qui râpe l’esprit jusqu’…”