MYGIND Mads | J’écris pour le matin clair

Coup-de-cœur d’Isabelle GUILLOTEAU pour J’écris pour le matin clair de Mads MYGIND
DISSONANCES #41

À travers ce recueil poétique d’une authenticité déroutante (« tout est authentique, putain, qu’est-ce que ça pourrait être d’autre »), Mads Mygind nous convie à une observation de son quotidien et de sa présence au monde : « la mer est une énigme dans laquelle je me baigne / je vis en banlieue d’un sentiment / comme les arbres je me brise avec le vent ». Son regard se pose sur tous les détails, la banalité côtoie l’essentiel, l’insignifiant révèle l’existentiel : la théière qui siffle, les tuyaux de la chaudière qui couinent, l’amour qui s’éteint, le grand-père qui meurt. L’auteur laisse les impressions et sensations affluer, s’imposer sans hiérarchisation, se juxtaposer sans cohérence apparente : « j’ai déchiré la mer / en tas de bruits / un chien est assis dans la voiture / mord le volant / le fleuve a débordé / dans la télé ». Ni ponctuation ni majuscule, tout est mis sur le même plan, comme une succession d’instantanés, sortes de haïkus fissurés par la fulgurance des images les plus insolites : « je suis une période d’incubation qui s’achève / une main fraîche contre une nuque fraîche / la différence entre un congel et un frigo / un sentiment qui se fait passer pour une pensée / une truie sous endorphine ». Le lecteur curieux accepte de se perdre dans cette écriture fragmentée qui brouille les pistes, change les perspectives, impose à ce voyage qui s’achève au matin clair, le ton mélancolique et le rythme de la rupture : « je ne sais pas ce qu’est une idylle mais je sais quand elle se rompt / comme si le lac était moins glacé que je te quitte / comme si les arbres pouvaient pousser hors de la forêt / ce que je fais de plus inhumain est le plus humain ».

éd. Lanskine, 2020
72 pages
14 euros