MÉNARD Sébastien (extraits)

DISSONANCES #32 | NU
Lointains & possibles
“Le feu continue de brûler. La nuit est déjà là depuis longtemps. Ils ont nommé les étoiles. Ils ont dit leurs fatigues. Ils ont mangé, ils ont bu. Leurs corps se reposent. Ils sont nus. À remuer des braises avec un bâton. De temps à autre, ils placent un petit morceau de bois au centre. Flammes. Elles durent quelques minutes. Ça les réchauffe, les éclaire et les fait sourire. Ils voient leurs formes, leurs peaux. Leurs yeux brillent. Le noir, à nouveau. Leurs yeux…”

DISSONANCES #30 | QUE DU BONHEUR !
Dans un train de l’Est
“Était-ce une dernière fois ou bien une fois de plus – nous avions choisi de traverser notre Est lointain comme on traverse un récit. Derrière la vitre du train défilait les plaines les baraques et les montagnes. Nous prenions notes à la fois des bêtes sauvages – des bétons abandonnés – des ferrailles rouillées et des collines mystérieuses. Derrière la vitre les images de notre Est lointain défilaient à la vitesse lente d’un train de l’est – technicolor moderne du vieux monde.

Nous repassions tranquillement le film de nos traversées de nos bordées – nous relisions nos notes et discutions lentement des routes et des ombres. Là un homme conduit un troupeau de moutons – là des plastiques s’entassent – là une femme porte son enfant – là un homme sème à la main les graines de ses récoltes à venir – et cet hiver qui n’en portait plus que le nom semblait disparaître avec les semi-remorques et le gasoil.

Nous observions les montagnes au loin – les rivières – les arbres. On imaginait des abris – des lieux à l’ombre – des cabanes pour une nuit – nous prononcions le mot bivouac comme on...”