JONAS Thomas (extraits)

DISSONANCES #39 | MUTATIONS
Ici sont les dragons

“Personne n’a mieux décrit l’axolotl que Julio Cortázar ; son ventre blanc d’enfant que strient les côtes ; ses yeux ronds plein de surprise ; l’arbrisseau chargé de ramures à son cou ; ses dérobades de fée sous les pierres. L’axolotl devrait être une salamandre, mais, faute de berges où émerger, il reste à nager dans le bassin formé par les volcans éteints. Dans son texte resté fameux, Cortázar mentionne pourtant une variété d’Afrique qui continue de promener son sourire amusé et ses bois de faon sur les terres sèches, contrevenant complètement aux règles de la science et de la logique. J’ai longtemps cherché cet axolotl d’Afrique, mais ce que j’ai découvert est bien plus étonnant.

En vérité l’illustre écrivain a commis une erreur : il ne s’agit pas d’un axolotl mais d’un cousin moins turbulent dénommé le protée. Ce dernier a en partage une peau humaine tendue sur des mouvements d’anguille, un racinement qui s’enchevêtre sous la nuque, mais son museau est serpentin, sa tanière n’a ni bord ni entrée. Elle s’est refermée en amont du temps, sur les eaux et les ténèbres avant leur séparation d’avec la terre et la lumière. L’…”