ICARD Jules (extraits)

DISSONANCES #34 | TRACES
Débâcle

“Le studio est comme je l’ai laissé : ce serait mentir d’écrire qu’il vibre de sa présence, mais il n’est pas muet non plus. Il est venu manger tout à l’heure avant que l’on aille boire une bière près de San Giacomo dell’Orio. Puis je me suis assis avec lui sur un banc, il m’a dit ces choses, il est parti et j’ai continué à boire.
La boîte d’oeufs agonise près des plaques de cuisson, le carton est taché d’albumen, les tristes coquilles montrent les dents. Je jette le tout. La poêle graisseuse et les assiettes gisent abandonnées dans l’évier. Je les lave et le verre où il a posé ses lèvres.
Le canapé est enfoncé à l’endroit où il s’est assis, gardant le souvenir matériel de sa présence, dont la maison déplore la fuite. Je m’imagine coulant quelque cire sur le tissu de l’assise pour enregistrer la forme de cette courbe casuelle, qui est tout ce qu’il me reste de lui. Puis je tirerais une matrice de plâtre et je ferais sculpter un fauteuil de marbre conscient de son…”