GUÉGAN Marie-Anaïs (extraits)

DISSONANCES #41 | OPIUM
Au bois

“Il n’y a pas d’élans, au bois. D’élans il n’y a pas.
Il n’y a pas d’élans, mais il y a de l’opium ; de fortes quantités.
Il y a des légendes. On court, enfants et femmes, derrière des images, derrière
Les fleurs que nos pieds foulent et broient. Nos pieds foulent et broient les tiges et les
Pétales, donc les fleurs exsudent un lait : du latex, brouillé, qu’on sèche, d’une couleur épaisse.
Il n’y a pas d’élans au bois, pas plus qu’il n’y a de place pour le rêve, même s’il y a des légendes. Il y a
Des enfants qui courent, et il y a des femmes qui foulent au pied toutes les fleurs : pavots, longs pétales blonds
Tombés à leurs pieds, et ce que je ne dis pas, c’est le lait, la crème du pavot dans les bois où l’on rêve.
Il n’y a pas d’élans, pas plus qu’il n’existe de fées, les farfadets ont quitté les fourrés, et moi je
Récolte du lait de pavot. Je marche, centrée parmi le brouhaha ; j’ai dans les mains un tout
Petit panier, tissé. Je marche et je balance les bras, je contourne les corps tombés
Des femmes qui couraient, je ramasse les…”