ESTIOT Alexandra (extraits)

DISSONANCES #33 | FUIR
Du haut de la falaise de Plaisance
“Je me réveille mais n’ouvre pas les yeux. Je sens que je suis allongée sur un lit, nue, qu’aucun drap ne me recouvre. Je laisse mes mains et mes pieds glisser, explorer le drap dont je sens les plis, chaque pli. Mon sommeil a été agité. Il fait chaud, humide. Un souffle caresse mes pieds, un souffle chaud et lourd qui vient de ma droite. L’odeur de la mer. Le bruit des vagues. Là, à ma droite, il y a une fenêtre sur la mer.
J’ouvre les yeux. Un plafond haut, un lustre vieillot. Laideur lourde de détails, de travail, de couleurs. Autour de moi, un lit en bois, sombre et travaillé, sculpté de détails perdus sous la poussière. Ce bois sombre, le même que celui de l’armoire, massive, que celui de la coiffeuse, bancale.
Une chambre d’hôtel en Italie ?
Un chant monte. L’appel à la prière. La Tunisie ? La Turquie ? Non, pas la Turquie : le bidet. La Tunisie non plus : le crucifix, les volets en métal. Pas la Tunisie.
Une serviette est posée à côté de moi. Je l’attrape, l’enroule autour de mon corps et me lève. Aux pieds du lit, il y a une valise, la mienne ; je la reconnais, comme je reconnais mon…”