WALISZEK Astrid (extraits)

DISSONANCES #29 | TABOU
Cher Amour
“Dans mon bain tout à l’heure, j’ai vu mes seins changer de forme – était-ce la forme qu’ils avaient à mes quinze ans ? Ces poires parfaites ? Dieu, que ça devait être délicieux ; je regrette de n’en avoir pas profité assez moi-même mais certainement pas d’en avoir fait profiter d’autres que moi. C’est dommage que vous soyez venu si tard, nous aurions pu en jouir ensemble. Ces poires un peu tombantes vous plaisent-elle ? Il semblerait, au vu de ce que vous en faites quand vous les fouettez : je les regarde partir, à gauche, à droite, puis se remettre en place. Quand j’en agace vos cuisses, lentement, doucement, je vous regarde les regarder – j’ai un malin plaisir, j’adore, vous le savez, redresser votre queue d’une illusion : elle pourrait être entre mes seins mais la dizaine de centimètres qui l’en sépare vous leurre, elle n’est pas entre mes…”

DISSONANCES #25 | LA PEAU
Une broderie
“Ma peau répète tes mains, tes mots. Que ça. C’est rien, ou presque rien. C’est juste de l’écriture. Même pas – c’est juste de l’écriture dans la tête, avant de tracer les mots sur la feuille. La feuille, ma peau, un peu comme celle de Kafka dans La Colonie pénitentiaire, tu te souviens ? La machine qui d’une aiguille imprimait le message sur la peau ? Gravait, plutôt. La feuille, c’est ce mince espace entre moi et pas moi, une peau imaginaire entre le monde et moi.
La peau, ça protège – un peu. Je pense à celle de Mandelstam, qui aurait pu se percer – être perforée par ses os, si pointus. Ce poème c’est sur le morceau de pain qui l’a tué, quand il est revenu des camps, qu’il pesait trente-cinq kilos et qu’il s’est jeté sur ce quignon – personne pour le prévenir, pour l’en empêcher, pour lui enlever le pain de la…”