PASCAUD Dominique (extraits)

DISSONANCES #24 | LE MAL
Affection
« Sans me retourner, je sais que c’est elle.
Sous son épiderme les glandes ont sécrété quelque chose de boisé, presque fleuri ; je lui en ai souvent parlé, cela la fait sourire. Alors, j’en profite. Je peux voir ses magnifiques dents de porcelaine. Les miennes sont devenues jaunes, je consomme trop de gélules que l’on trouve dans les réserves du niveau 4.
« Marc ? »
Une chevelure claire — rompue sur des épaules nues — et des yeux verts teintés d’une nuance de terre de sienne : je pense à une peinture, une femme d’huile, un air sauvage et résigné à la fois ; l’atmosphère est lourde, plongée dans l’obscurité d’un sfumato vibrant, où les décors ont mué en de larges taches de glacis noirs et recouvert d’un voile sec les restes d’un chemin dévalant les flancs de champs dévastés.
Ma respiration forme — en effleurant la vitre — une auréole de condensation. J’y appose un doigt ; un rond apparaît. L’opacité que mon souffle a créée par… »

DISSONANCES #20 | MAMAN
Billets doux
« Maman, tu es la plus belle, ta voix m’émerveille. Quand je suis près de toi, j’oublie tous mes tracas. Tu es un rayon de soleil qui illumine le ciel. Maman, tu es à moi, Maman, je n’aime que toi.

Bonne fête Maman. Le ciel est un tapis d’étoiles, tu es le plus beau de tous les astres et Papa brille au-dessus de toi. Je sais que nous vivrons ensemble heureux même si nous ne sommes plus que tous les deux.

Je n’ai pas osé te le demander ce matin, on peut aller au cirque demain ? Tu me dis souvent que Papa aimait y aller avec moi quand j’étais tout bébé. Je te fais plein de bisous.

Tu étais en retard pour venir me chercher, je ne t’en veux pas mais le monsieur qui t’accompagne veut que je reste plus tard le soir à l’école. Tu sais, tu me manques la journée.

C’est vrai quand Georges dit que dans ton ventre il y a une petite sœur ? Il dit qu’il a posé une petite graine. Par où sortent les bébés ? Elle va… »