WOOLF Virginia | Journal intégral (1915-1941)

Coup-de-coeur de Julie PROUST TANGUY pour Journal intégral (1915-1941) de Virginia WOOLF
DISSONANCES #40

On a parfois envie de replonger dans les totems de ses vingt ans et de s’offrir, pour la première fois, la lecture non-abrégée de celle qui nous a fait réaliser que « somme toute, plus on y réfléchit, plus étrange nous paraît notre propre structure intime ».
Au fil des pages, on redécouvre la genèse des œuvres – y compris celles qui, non-traduites, réservent au lecteur anglophone toute la richesse des analyses littéraires de Woolf -, la naissance du style qui saura saisir avec une finesse redoutable les flux de la conscience, l’éclosion des amours lesbiens que la postérité étouffera, la vivacité du cercle littéraire et artistique de Bloomsbury mais aussi la montée en puissance terrible des « aberrations de malade » qui rongeront l’esprit brillant de cette Proust au féminin, qu’on aime tant lire, traduite par Yourcenar ou Wajsbrot.
Lire le journal de Woolf, c’est aussi suivre une plume qui apprend à réécrire et resserrer les expériences et les déconvenues pour en faire jaillir, au plus juste, une conscience indépendante, libre, d’une exigence intellectuelle remarquable.
Ne reste plus, alors, qu’à apprendre fébrilement tous les mots brûlants qui offriront le sésame d’une relecture de son œuvre romanesque (« Mais il y a en moi un chercheur impatient. Pourquoi la vie n’offrirait-elle pas une découverte ? Quelque chose sur quoi l’on pourrait poser les mains en disant : “c’est ça”. Ma dépression vient de ce que je me sens harassée. Je cherche, mais ce n’est pas cela, ce n’est pas cela. Mourrai-je sans l’avoir trouvé ? ») avant de ranger précieusement l’épais volume dans le panthéon des diaristes remarquables, auprès d’Anaïs Nin, Sylvia Plath, Catherine Pozzi et Alejandra Pizarnik.

éd. Stock, 2008
1560 pages
39,60 euros