HUNAULT Claudine | Je me petit-suicide au chocolat

Coup-de-cœur de Justine ARNAL pour Je me petit-suicide au chocolat de Claudine HUNAULT
DISSONANCES #45

Claudine Hunault a passé dix ans à recevoir des milliers de patients dans un centre dédié à l’obésité ; Je me petit-suicide au chocolat est un livre tissé à partir de toutes ces paroles entendues et de ces récits de vie.
C’est « à la psychanalyse, et à la poésie, à ce qui en elles ne fait jamais allégeance » que l’autrice le dédie – et en effet l’une et l’autre sont savamment mêlées. La poésie (et la vérité inconsciente qu’elle charrie avec elle dans le surgissement qui la constitue) ouvre à l’analyse. Et l’analyse, étayée par certains concepts majeurs amenés avec clarté et justesse, donne à lire autrement la poésie. L’une ne cesse de se faire la traductrice de l’autre.
Hunault déplie toute la complexité des enjeux psychiques autour de la nourriture, haut lieu où « l’inconscient agit dans le corps », «  gîte sous la peau  », où se logent et se disent les liens aux autres et à l’Autre, les fantasmes de continuité des corps, le refoulement des détresses, les paroles enkystées vis-à-vis desquelles il paraît impossible de se désidentifier, les loyautés inconscientes, les dettes imaginaires, et la difficulté à consentir au moindre vide, condition pourtant nécessaire à la possibilité du devenir de l’être désirant…
Si comme l’écrit Hunault « l’obésité est une question debout », cette question, inhérente au fait même d’être vivant, n’épargne personne : comment peut-on, dans une existence, se débrouiller avec le manque, la béance, le vide, lorsque le désarroi surgit et qu’on se coltine à nouveau le retour de l’absence ?
«  C’est dur d’imaginer que rien nous surplombe. / Que nous sommes désespérément inéluctablement / Libres. »

éd. Le Nouvel Attila, 2023
160 pages
19 €