FAURÉ Blandine (extraits)

DISSONANCES #31 | DÉSORDRES
Jour de perte
“Un amour se termine. Tu es parti, c’est irrémédiable. Tu pars, définitivement, et mes espoirs sont deux grands yeux vides sans lumière. Je regarde au sol, j’ai perdu quelque chose, personne ne sait quoi et je ne parviens pas à leur dire, je cherche des heures durant, rue Rambuteau, la mine défaite, le corps tremblant de ton absence toute neuve. Personne ne semble voir, personne n’a vu, on se détourne, mes questions restent en suspens dans l’affairement des autres. Je fais des aller-retour, hagarde au milieu de la foule, une femme tout à coup m’attrape le poignet gauche, me demande de l’aide, je sursaute, m’extirpe de ses mains sèches et sales. Je m’attendais à ce jour.
Ma vie dérape. Sort des rails.
Quelque chose pourtant, commence.
C’est le même jour.
Tes avant-bras sont posés sur la table. Tu me fais face, l’évidence du désastre entre nous. Tes mains, je les observe, les embrasse en pensées, goûte à tes doigts modelés par le métal, la courbe douce au niveau du pouce m’obsède, les ongles si courts qu’ils...”

DISSONANCES #27 | ORGASMES
L’infixable solennité du jouir

“Je n’ai aucun souvenir de mon premier orgasme. Age, partenaire ou absence de partenaire, lieu, position, affiches scotchées au mur, larmes post-coïtales, forme du sexe ou des doigts… C’est la première fois que j’ai à faire à un tel trou noir dans l’histoire de mes souvenirs, comme si la première jouissance débordait largement la chronologie révérée des amours et des amants, avec ses dates et ses héros, ses lieux sacrés et ses images enchaînées au cerveau, ses parfums, premier regard, premier baiser, premier chagrin, première lettre d’amour, première pénétration, mais la première jouissance s’évapore dans un flou scandaleux qui annonce son redéploiement futur, sa multiplication égoïste en de multiples lieux tenant à distance le réel rugueux et odorant, fuyant les contextes de sa venue, refusant de se laisser enchaîner à des faits ou à des émotions et encore plus à des personnes – car est-elle véritablement liée à toi qui me pénètre ou à cette…”