DU CREST Marie (extraits)

DISSONANCES #36 | LA VÉRITÉ
Ekphrasis
“Elle est là, debout comme marchant dans sa direction, pourtant immobile sur la toile, dans l’atelier où la lumière du jour décline. Son pied gauche se soulève pour faire un pas léger. Un seul. Descend-elle quelque degré en pierre ? Il a longtemps rêvé d’Elle ; il l’a griffonnée sur son carnet, tournant rageusement une page, reprenant encore ses traits, ses courbes, déchirant le papier maudit. Il a cherché, partout dans l’histoire de la peinture, sa représentation.

La Vérité est ROUSSE, d’une rousseur profonde, charnelle comme le pelage des bêtes. Celui du renard, celui de la rouge flamande, broutant dans les prés, celui de l’écureuil voltigeur.
Longue chevelure qui coule sur le corps blanc, presque laiteux.
Précieuse étole sur ses épaules.
La Vérité a pris forme, a pris corps, a pris le corps du modèle vivant. La jeune femme s’est dévêtue derrière le paravent japonais, a défait son chignon épais, a séparé en deux la masse de ses cheveux et a joué les gestes du tableau à venir.

Le sexe de la Vérité est marbre blanc de…”