LOVERA VITALI Corinne | Ce qu’il faut

Coup-de-coeur de Jean-Marc FLAPP pour Ce qu’il faut de Corinne LOVERA VITALI
DISSONANCES #32

Passablement secoué, je repose Ce qu’il faut et j’écoute le silence de la nuit au-dehors alors que dans ma tête résonnent lancinants les échos très profonds de cette voix singulière (disgressive, obstinée, hypnotique, écorchée : « il y a un temps après que ceux que l’on aime sont morts brutalement où tout est source de mort tout a ce pouvoir tout peut tuer tout va tuer brutalement y compris ce qui les a tués qui ne peut plus les tuer mais qui va continuer… ») qui m’a enveloppé et ravi à moi-même pour me faire descendre au Styx qui coule en nous et qu’ont passé tous ceux qui nous ont condamnés à la perpétuité de l’absence sans retour. Poème en dix-neuf chants d’amour et de douleur, Ce qu’il faut dit (et plus : fait sentir pour de vrai) l’injustice absolue de la disparition, le chaos qui s’ensuit et la difficulté de survivre aux morts proches, l’extrême imbrication et la fragilité de nos destins mêlés, et que nous ne sommes au fond que la somme de ceux qui nous ont précédés, accompagnés, quittés. Et le propos bien sûr n’est nullement « d’adoucir ce qui ne peut pas l’être et ça n’a pas à voir non plus avec ce qu’on appelle le deuil qui est une commodité de syntaxe un nom de code qui signifie peu il faut être plus précis » mais peut-être simplement de convoquer les mânes pour danser avec eux dans le temps retrouvé de l’innocence perdue suspendu et vibrant au-dessus du néant par le pouvoir immense (même si dérisoire) du langage (« quand on écrit sa vie durant on peut esquisser le passé en en réanimant les poussières dorées on peut l’empêcher de retomber sa vie durant »). Pour le dire autrement : c’est très beau, très puissant. Essentiel. Bouleversant.

éd. publie.net, 2016
184 pages
17 €