DISSO #37 : Marc GRACIANO

Extrait de l’entretien avec Marc GRACIANO publié dans DISSONANCES #37

    Marc GRACIANO (petit)

Écrivez-vous plutôt « pour » ou « contre », « dans » ou « hors », « malgré » ou « à propos de » ?
J’écris d’abord pour.
Pour le monde.
Pour la beauté du monde.
Pour chanter la beauté du monde.
Pour paraphraser Hemingway, le monde est un bel endroit et il vaut la peine que l’on écrive pour lui.

Quelle est la part de la contrainte dans votre écriture ?
Nulle.
Je n’écris que lorsque j’en éprouve le désir.
Je suis contre l’idée de travail et revendique, avec Paul Lafargue, le droit à la paresse.
Ecrire est pour moi un jeu (parfois éprouvant) qui consiste à rendre réel, grâce aux mots, mon imaginaire, ce qui est, bien-sûr, tout sauf un divertissement, et une activité infantile profondément essentielle.
La plupart du temps, je laisse venir et trouve en même temps que je crée.

Que faites-vous quand vous n’écrivez pas ?
Je m’occupe d’adolescents qui ont mal à leur vie, je voyage en camping-car, je dors dans les forêts, je bois du vin, et je rêve beaucoup…

Qui est votre premier lecteur ?
Mon éditrice, Fabienne Raphoz.

Qu’est-ce qu’un bon éditeur ?
Un lecteur passionné par ses auteurs, mais, en même temps, intraitable – voire cruel – d’objectivité.

Que diriez-vous à un auteur cherchant son premier éditeur ?
Je n’ai rien à lui dire.
Qu’il se débrouille… comme nous l’avons tous fait.

Quelle fut votre première grande émotion de lecteur ?
La gloire de mon père
de Marcel Pagnol, lu à haute voix plusieurs soirs successifs, pour toute la fratrie, par mon propre père, à une époque de mon enfance que…

…suite de l’entretien dans la version papier de DISSONANCES #37

BIO

Marc Graciano est né le jour de la Saint-Valentin 1966. Infirmier psychiatrique auprès d’adolescents, il n’entre sur la scène littéraire  à l’âge de 47 ans. Son premier roman, Liberté dans la montagne, pose d’entrée le décor principal de son œuvre : un Moyen-âge imaginaire où les chairs sentent fort, où l’espace et les distances s’étirent aux limites du champ de vision tandis que la rencontre des êtres porte immanquablement en elle la possibilité d’une violence inouïe, qui semble ne jamais devoir prendre fin, ni dans le temps, ni dans l’échelle macroscopique à travers laquelle elle se donne à voir.
Loin des romans épiques, où le lecteur se sait protégé du réel par l’épaisseur fantasmagorique du livre, Marc Graciano convoque une langue hybride, endurcie par une multitude de mots oubliés, pour mieux nous confronter à la matière des objets, des corps et des lieux qu’il nous fait habiter. Ses personnages, anonymes, muets (aucun dialogue direct), encellulés dans une époque incertaine, nous renvoient finalement aux représentations contemporaines de la violence et aux paradoxes de notre rapport à la nature.

BIBLIO 2019

Liberté dans la montagne (éd. José Corti, 2013)
Une forêt profonde et bleue (éd. José Corti, 2015)
Au pays de la fille électrique (éd. José Corti, 2016)
Enfant-pluie (éd. José Corti, 2017, avec des illustrations de Laurent Graciano)
Le Sacret (éd. José Corti, 2018)
Embrasse l’ours (éd. José Corti, 2019)