HADDAD Hubert | L’êcre et l’étrit

Coup-de-coeur de Tristan FELIX pour L’êcre et l’étrit dHubert HADDAD
DISSONANCES #32

Quand la vie vient à manquer tout soudain – drame intime et planétaire -, il est un poète, hanté par la mort, ultra-sensible aux frémissements de la dépossession, pour nous rappeler que « Toutes choses font des signes au vivant ». Et lui, H.H., intarissable source, de nous conduire aux tréfonds de sa caverne tapissée de toutes les formes d’« un langage de l’occultation », éployant comme un ruban de rêve ses « débris de lumière » sur des tâches mouvantes, des esquisses trempées de suie, des corps lacérés, des idéogrammes vifs. Imaginez un livre bruissant de présences spectrales, ouvrant ses galeries comme autant d’ailes tatouées de protoglyphes de la pensée : coulées poétiques, paradoxes effarants, lyriques et farcesques parlent aux sens extrêmes. Ici, nulle vérité creuse à force de réversibilité mais des lambeaux de chairs inscrits dans la paroi d’une grotte, dans le pigment ténébreux de figures obsédantes : anges, corps nus, enfants, noyés, astres, désastres nourrissent une poésie à apprendre par cœur comme un collier de talismans contre la mort. «  L’être n’est pas perdu, il est la perte même ». Alors, le poète se fait mystique, veilleur et voyant du dedans même de la mort : il consulte les signes et les interprète de façon à ce que tous résonnent entre eux, non dans un pari de hasard électronique, mais dans le rêve d’une perception aiguë des harmoniques. L’êcre et l’étrit, ce chantier hallucinant où signe et figure, peinture et vers s’interpénètrent, est un Grand Œuvre qui renoue avec nos origines, qui tend la main à Antonin Artaud, Unica Zürn, Stani Nitkowski, à l’homme de Cro-Magnon.

éd. Jean-Michel Place, 2016
80 pages
29 €